Extinction de masse en 2050 sur la terre selon Hubert REEVES

Publié le par Pénitent vert

 

 

 

 

L'étiquette d'adepte de la décroissance m'est parfois accolée sans que l'on m'interroge vraiment sur cette question. En fait, la question que je me pose en permanence et en priorité est celle-ci : "Quelle planète préparons-nous pour nos petits-enfants ?" A partir de là, il en vient une autre : "Comment faire pour que cette planète léguée en héritage offre les meilleures conditions de vie possibles ?" Alors, suis-je pour la décroissance ? il faut y regarder de plus près, de très près.


Il me semblerait plus correct de savoir de quoi il est question, et que signifie exactement le terme de décroissance. Décroissance de quoi ? Il est généralement accompagné du sigle PIB : décroissance du PIB (produit intérieur brut). Donc le contraire de la croissance économique qui vise, elle, à l'augmentation soutenue et durable du PIB. Le PIB mesure l'augmentation des richesses (bien et services) produites par un pays sur un an. Bien entendu la vente de poisons y est incluse. Et plus on va empoisonner le sol, l'air ou l'eau, plus le PIB va croître ! Le PIB est une mesure comptable, rien de plus, et surtout pas la jauge du bien-être social ou individuel. Quant à la santé de la nature, elle n'est pas prise en compte. Il faut donc définir de nouveaux critères.

En nous apercevant de la finitude des ressources de la planète, nous percevons qu'il faut les ménager. La thèse du développement durable est lancée. Mais les partisans de la décroissance s'y opposent. Ils valorisent la thèse de "l'effet rebond". A la limite, certains ne sont pas loin d'affirmer que le développement des énergies inépuisables favorise une consommation accrue d'énergie. Peut-être, mais au moins le volume global des pollutions ne s'en trouve pas grossi.

A la décroissance des énergies fossiles, doit se substituer une croissance des énergies renouvelables car il faut penser à long terme. C'est cela qui me semble important, et si difficile à mettre en oeuvre compte tenu des échéances électorales.

Je n'ai pas cette attitude pessimiste qui nie tout génie humain et tend à accréditer l'idée que les sciences et les techniques seront forcément impuissantes, et que seul un changement des mentalités serait opérationnel. Une évolution des consciences est certes nécessaire, mais instaurer les conditions pour qu'elle existe, ne serait-ce pas le meilleur moyen de la faire advenir ?

D'une part, une décroissance économique majeure réduirait à la misère celles et ceux qui, dans nos pays riches, sont déjà dans la pauvreté. La décroissance économique fait courir de grands risques à une société. D'autre part, il ne me semblerait pas décent de parler de décroissance aux pays en voie de développement. Autant dire que la décroissance est une notion qui demande des adaptations personnalisées, et qui doit être assortie de précisions nombreuses et variées sous peine d'être un mot d'ordre quasiment inacceptable.

Selon le domaine concerné, je suis pour la croissance ou la décroissance. Comme dans tout mouvement, certaines idées véhiculées par les partisans de la décroissance me plaisent : relocaliser les productions alimentaires, par exemple, est une option que je trouve d'une grande logique et d'une grande pertinence. Non seulement pour nos campagnes mais aussi pour les paysans de tous les pays.

Le choix des mots est important. Le mot croissance est dynamique. Le mot décroissance est un frein. Qui donc accepte d'être freiné ? Pour ma part, je préfère les mots sans connotation de privations à endurer. La croissance de la recherche scientifique, la croissance de l'agriculture biologique, et des commerces de proximité... voilà des exemples de croissance à concrétiser.

Bien sûr, il faudrait trouver un autre critère que le PIB pour mesurer les richesses d'un pays.

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Publié dans Notre avenir si...

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