Jean-Marie Pelt

Publié le par Pénitent vert

Jean-Marie Pelt, pèlerin de l’écologie la-croix

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À 76 ans, l’écologiste chrétien continue de battre la campagne pour communiquer ses convictions

Chemise blanche et col ouvert, lunettes à verres épais voilant ses yeux étirés, distingué mais sans élégance particulière, Jean-Marie Pelt nous reçoit sur ses terres natales. Non pas dans sa petite maison d’Altroff, entourée d’un verger et d’un potager que cultive sa voisine Sabine « sans pesticide aucun », où il vit avec sa gouvernante allemande depuis près de vingt ans. Mais dans son vaste et lumineux bureau de l’Institut européen d’écologie. À Metz, entouré de nombreux livres, de quelques pots à pharmacie et de calebasses aux formes alambiquées, ce Lorrain né en 1933 à Thionville (Moselle), est comme un poisson dans l’eau.

Son institut, c’est une association à but non lucratif qu’il a fondée en 1971, au moment même où, à Paris, Robert Poujade créait le ministère de la protection de la nature et de l’environnement. Installé dans le centre historique de la capitale lorraine, dans l’ancien couvent des Récollets datant du XIVe siècle, il héberge un joli jardin de simples, des plantes médicinales et aromatiques, planté avec l’aide des Laboratoires Pierre-Fabre. De petits panneaux indiquent le nom latin de la plante ainsi que ses vertus : veinotoniques, anti-inflammatoires, sédatives. Les bienfaits de la création au service de tous…

Nous sommes là au cœur de la philosophie de Jean-Marie Pelt. Pourquoi faire compliqué et cher, quand on peut se contenter du simple, de l’efficace, du « durable » et du bon marché ? Fils unique d’un artisan électricien, petit-fils d’un jardinier qui s’occupait des parterres de fleurs et des fruitiers en espaliers de la famille Wendel au Luxembourg à deux pas de son village d’enfance de Rodemack, et petit-neveu de l’évêque de Metz, Jean-Marie Pelt fait ses études au lycée public de Thionville. « Je suis issu d’une famille très modeste, dont la branche maternelle était aussi pragmatique que celle de mon père était mystique et religieuse », dit-il.

Chimie et botanique le passionnent

Passionné par les étoiles mais n’aimant pas les maths, il hésite à faire l’ENA, puis, sur les conseils de ses parents qui aspirent à son autonomie financière, se lance dans la pharmacie. Chimie et botanique le passionnent. En revanche, il abhorre la dissection des animaux, même les petits, et « apprend la zoologie dans les livres ».

Dans sa thèse sur les plantes médicinales, il s’intéresse notamment à l’huile de chaulmoogra, extraite de graines d’arbres, qui possède des vertus antibactériennes et anti-inflammatoires utilisées en Afrique, au Vietnam ou au Brésil pour lutter contre la lèpre. « Malheureusement, aujourd’hui, l’industrie pharmaceutique produit le principe actif par synthèse chimique et le vend plus cher, maugrée le pharmacien. Pourtant, parfois l’expérience nous montre que la molécule synthétisée n’est pas aussi efficace que le mélange de substances extraites, car il existe une espèce d’émulation entre les différents produits. En plus, elle risque d’entraîner une résistance des bactéries, alors qu’un assemblage de produits naturels n’en engendre pas. »

L’homme se dit déçu que la Sécurité sociale ne rembourse plus ou très peu ces médicaments, ainsi que les produits homéopathiques avec lesquels il se soigne. Nommé professeur de biologie végétale à l’université de Nancy, il fait plusieurs séjours en Afghanistan, où il enseigne grâce à l’un de ses étudiants francophones, Chafique Younos (aujourd’hui professeur d’ethnopharmacologie à l’université de Metz), et herborise dans les montagnes. « C’est un pays extraordinaire aux paysages sublimes et à la population accueillante », dit-il.

« Ecologie urbaine »

De retour à Metz, il commence à se faire connaître par ses livres et son combat pour promouvoir une « écologie urbaine » au sein de l’équipe municipale de Jean-Marie Rausch (divers droite), la précédente ayant voulu « moderniser la ville à coups de doubles voies et de tours ». Surnommé « le Konrad Lorenz du monde végétal », il totalise aujourd’hui une quarantaine de livres, vendus en moyenne à 20 000 exemplaires. « En 2009 pour l’année Darwin, j’ai écrit un ouvrage où je parle plus de la coopération et de l’entraide entre les êtres vivants que de la sélection naturelle. Et, bientôt, je publierai avec Serge Papin, le patron de Système U, un livre sur la nouvelle façon de consommer », dit-il.

Après ses séries télévisées, L’Aventure des plantes et Des plantes et des hommes, qui connaîtront un succès mondial dépassant même celui des films du commandant Cousteau, il collabore avec France Inter après avoir rencontré les journalistes de l’émission « L’oreille en coin ». Notamment Denis Cheissoux pour qui, depuis dix-huit ans, chaque samedi à 14 heures, il fait une chronique « nature ». « Une tranche horaire où nous sommes la meilleure des radios généralistes », dit-il fièrement.

«Le réchauffement climatique est maintenant indéniable»

Cette boulimie de vulgarisation ne trahit pas une volonté d’être médiatique. Au contraire. « Certains me suggéraient de porter un bonnet vert. Mais je n’aime pas le pouvoir. J’avais même la hantise qu’on me reconnaisse dans la rue », confie-t-il humblement. Aujourd’hui, bien sûr, sa hantise, c’est plutôt l’avenir de la planète. « Le réchauffement climatique est maintenant indéniable. Quand on pense que, même haut placés, certains en doutent encore… + 0,6 °C en moyenne dans le monde. Tous les êtres vivants, du plus petit au plus grand, sont soumis à des lois naturelles, universelles. Y compris l’homme qui, par son arrogance, voudrait bien prendre la direction des opérations, maîtriser la nature, se croire Dieu. »

Ses craintes ont été en partie contrebalancées par le « miracle » du Grenelle de l’environnement, à l’automne 2007. « Pour la première fois, hommes politiques, scientifiques, associations, patrons, syndicats… se sont mis autour d’une table. C’était incroyable. Les automatismes égoïstes n’ont pas fonctionné, c’était une école de démocratie. Les dégâts causés par les pesticides, par exemple, c’était difficile à entendre pour les agriculteurs de la FNSEA. Mais, au moment du déjeuner, les gens ont discuté de façon digne, voire amicale. Le sénateur UMP de la Manche Jean-François Legrand, qui malheureusement a été ensuite évincé, a été remarquable, ainsi que la sénatrice Verte Christine Blandin. »

Jean-Marie Pelt s’interroge sur la suite de ce Grenelle de l’environnement. « Je pense que Jean-Louis Borloo y croit. Les décisions à prendre sont simples : diminuer les pesticides, soutenir l’agriculture biologique et les énergies renouvelables, limiter les OGM au strict nécessaire à condition qu’ils ne nuisent ni à la santé ni à l’environnement et en veillant à ce que l’agrochimiste Monsanto et les autres ne déposent pas de brevets sur le vivant. Cependant, non seulement le président de la République a exclu le nucléaire du Grenelle, mais il a opté pour l’ultra-nucléaire, sans débat aucun, alors que c’est ce qui touche le plus les générations futures. »

"Je suis pour un marché régulé par l’État"

Voit-il une sortie de la sortie de crise ? « Je suis pour un marché régulé par l’État. Je ne pense pas qu’il faille relancer l’économie comme avant. L’acte de vendre est devenu dans notre société un véritable acte fondateur… c’est signe que ça ne tourne pas rond. »

De la rondeur, il en a, Jean-Marie Pelt. Mais il sait aussi faire preuve de ténacité. « C’est un arbre », dit de lui Denis Cheissoux. Un être qui, à la fois, voit loin devant et reste bien enraciné en terre. Un homme capable de regarder la société de près, tout en pouvant prendre du recul. Une personne qui apprécie les relations humaines et la bonne chère, qui n’aime ni les contraintes ni les conflits, qui se moque des modes et se contente de peu.

Un adepte de « l’abondance frugale » chère à l’inspecteur des finances Jean-Baptiste de Foucauld, en quelque sorte. Un homme de mélange, à la fois curieux de connaissances scientifiques et pétri de foi, qui regrette le rôle étriqué qu’a joué la religion catholique vis-à-vis de l’écologie, à la différence du protestantisme porté par les Théodore Monod, Denis de Rougemont, Solange Fernex, Jacques Ellul. Heureusement, depuis quelques années, le monde catholique se réveille. « De ce point de vue, ce que font aujourd’hui une poignée de journalistes de Bayard en publiant Les Cahiers de Saint-Lambert est remarquable. »

Son métier aujourd’hui est de ravauder, de raccommoder l’homme avec la nature. Exactement à l’envers de ce qu’a fait Descartes au XVIe siècle en plaçant l’homme au-dessus de tout et en ravalant l’animal à l’état de machine.

Une vision globale du monde

Plus que jamais, Jean-Marie Pelt joint le geste à la parole : l’homme doit vivre avec la nature et non pas hors sol. Il doit faire passer l’être avant l’avoir ; tout ne peut pas se décider à l’aune de l’économie. Très marqué par le centrisme et la foi de Robert Schuman, le « père de l’Europe », favorable au MoDem, il aime bien les Verts, tout en étant plus proche de l’agriculteur ardéchois Pierre Rahbi que de Dominique Voynet et en regrettant les nombreuses chapelles couleur chlorophylle.

Doté d’une vision globale, holistique du monde, il prend encore son bâton de pèlerin, aussi bien pour faire des conférences dans tous les coins de France que pour semer des « graines écologiques » auprès de certaines grandes entreprises de l’environnement qui s’intéressent à l’écologie industrielle et à la valorisation des déchets. Déjà, on lui doit l’absence de centrales nucléaires au Luxembourg et l’adoption de la ceinture de sécurité en voiture. Oscillant finalement entre un pessimisme joyeux et méthodique, il sait être à la fois contemplatif, lanceur d’alerte et porteur d’espérance.

 

Denis SERGENT 

 

 

 

 

 

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