L'orpaillage

Publié le par Pénitent vert

En Guyane, gigantesque département français situé en Amérique du Sud, plusieurs milliers[1] de chercheurs d’or clandestins, venus principalement de régions défavorisées du Brésil ou du Surinam, les "garimpeiros", exploitent le sous-sol, avec tous les problèmes qui en découlent : saccage d’une des forêts tropicales uniques au monde, la moins fragmentée pour cette surface. Le mercure des orpailleurs (produit utilisé pour agglomérer les petites particules d'or) contamine les populations amérindiennes, et un climat de violence de type Far West grandit depuis les années 1990, dont les Brésiliens et orpailleurs eux-mêmes sont victimes.

 

Le Parc national du sud de la Guyane (ou Parc national amazonien de Guyane)[2] lui même n'a pas échappé à l'orpaillage illégal. L'ONF a estimé fin 2005 qu'en Guyane 1.333 kilomètres de cours d'eau étaient directement impactés par les chantiers miniers, légaux comme illégaux, et 4.671 km de fleuves et rivières touchés par les pollutions, en aval de ces chantiers. De plus, de 2000 à 2005, les déboisements des orpailleurs sont passés de 4.000 à près de 11.500 hectares.

 

La Direction régionale de l’industrie, de la recherche et de l’environnement évalue chaque année le butin des clandestins entre 5 et 10 tonnes d’or. Au prix de l’once en 2008, cela représente entre un peu moins de 120 millions et 220 millions de dollars, comme l'indique le journaliste Axel May dans "Guyane française, l'or de la honte" [3] En 2007, 113 opérations « Anaconda » ont été conduites contre les orpailleurs clandestins, n'ayant que freiné leur expansion, malgré une destruction de matériel pour une valeur de 23 millions d'euros, la saisie de 12 kg d'or et de 71 kg de mercure. Le GIR (Groupe d’intervention régional) avec la justice guyanaise ont mis en évidence des réseaux d’immigration clandestine, de proxénétisme, de contrebande. Un risque est de reporter la pression d'orpaillage sur le surinam voisin, encore plus touché que la Guyane (voir Google Earth)

 

Les opérateurs miniers légaux, minoritaires, ne sont pas non plus irréprochables ; ils tentent de redorer leur blason.

 

Bien que la Guyane soit légalement un département français au même titre que les Hauts-de-Seine ou la Creuse, et non une "vague" collectivité d'outre-mer ; face à l’activité aurifère clandestine, l’État français a réagi très mollement. Ironie de l’histoire, l’inventaire des ressources minérales guyanaises, fait par le BRGM, a été réalisé et rendu public par l’État.

 

Cependant, depuis mars 2008, une opération d'envergure est enfin menée sous le nom d'opération "Harpie", et commence à porter ses fruits. Les opérations militaires se multiplient sur les sites clandestins, avec destructions systématiques de tout le matériel trouvé sur place et des contrôles renforcés, tant sur les routes que sur les fleuves. Mais la tâche à accomplir reste immense pour éradiquer ce fléau.

 

La Guyane française est un des territoire sud-américains recelant de l'or. Quelques entreprises y exploitent ce métal de façon légale, mais de très nombreux sites d'orpaillage sont illégaux

Les orpailleurs clandestins, bénéficiant parfois de la téléphonie moderne et du GPS et/ou encadrés par des réseaux mafieux et armés se sont fait plus mobiles et discrets depuis les années 1990. Opérant parfois aussi de nuit, et sous le couvert des arbres, ils se rendent plus difficile à repérer. L'administration ne connaît pas leur nombre exact. Les clandestins brésiliens ou surinamiens reconduits à la frontière reviennent souvent orpailler en Guyane. Le mercure et les carburants, ainsi que les armes, la drogue et l'alcool font également l'objet d'un commerce caché, qui s'accompagne localement de prostitution et violences.

 

La recherche et la vente clandestines de ce métal génèrent aussi de graves conflits sociaux, médiatisés notamment par le film du documentariste Philippe Lafaix La loi de la jungle, plusieurs fois primé. Ce film explique comment des milliers de clandestins travaillent en Guyane dans des conditions très difficiles, sans aucune couverture sociale ni sanitaire, souvent soumis à la violence (pots de vin, travail forcé, vols, torture, agressions, meurtres..).

 

 


 

 

 

Publié dans Risques industriels

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